<HTML>
<TITLE>African Skies 4 - Les L&#233;onides : Feu d'artifice cosmique
 Phe&#233;nom&#232;ne aussi rare que splendide
</TITLE> 
<BODY BGCOLOR="WHITE"> 
<P> 
<center><h1>Les L&#233;onides : Feu d'artifice cosmique<BR>
Ph&#233;nom&#232;ne aussi rare que splendide</h1>
<h3>Hamid Touma</h3>
<EM>Unit&#233; Astrophysique, C.N.C.P.R.S.T.<br> 
B.P. 8027, C.P. 10102, 52 Charii Omar Ibn Khattab, 
Agdal-Rabat, Royaume du Maroc<br></em> 
<a href="mailto:touma@cnr.ac.ma">touma@cnr.ac.ma</a></center> 
<P> 
Certains ph&#233;nom&#232;nes, comme les &#233;clipses de Lune ou de 
Soleil, sont calcul&#233;s avec une tr&#232;s grande pr&#233;cision, mais les 
rencontres de la Terre avec les entit&#233;s mal d&#233;finies que constituent
les essaims d'&#233;toiles filantes sont, par essence, bien plus hasardeuses
&#224; pr&#233;voir.
<P> 
Mais de quoi s'agit-il au juste? Tout le monde a d&#233;j&#224;
observ&#233;, au moins une fois dans sa vie, une &#233;toile filante. C'est
toujours un spectacle un peu surprenant que d'avoir l'impression de voir
"une &#233;toile tomber du ciel". Ce ph&#233;nom&#232;ne est
interpr&#233;t&#233; dans notre culture marocaine par la mort d'une personne
sur la Terre.
<P> 
Les &#233;toiles filantes ou m&#233;t&#233;ores, ne sont pas de vraies
&#233;toiles. On les appelle ainsi car, parfois durant la nuit, une source
de lumi&#232;re s'&#233;veille et traverse ou "file" rapidement sur une
partie du ciel. Ce qui produit cette illumination de la vo&#251;te
c&#233;leste, c'est l'impact entre les couches de l'atmosph&#232;re
terrestre et un petit d&#233;bris de roche ou de glace, laiss&#233; par une
com&#232;te sur son sillage. Souvent, ces d&#233;bris ne sont pas plus gros
qu'un grain de sable. Ces d&#233;bris, appel&#233;s m&#233;t&#233;orites,
sont de l'ordre de plusieurs millim&#232;tres de diam&#232;tre. Ils
pars&#232;ment le syst&#232;me solaire. Certains tournent en solitaires
autour du Soleil, d'autres voyagent en groupe.
<P> 
Comment un grain de sable peut-il produire une &#233;toile filante ? Les
vitesses de ces grains sont consid&#233;rables, de l'ordre de 30 km/s. A
cette vitesse, l'entr&#233;e de la particule dans l'atmosph&#232;re de la
Terre produit &#233;norm&#233;ment de chaleur. Cette chaleur, d'environ 5000
degr&#233;s Celsius va faire briller, ou plus pr&#233;cis&#233;ment ioniser,
l'atmosph&#232;re. Il y aura alors tout autour du grain de sable une
r&#233;gion de quelques m&#232;tres de diam&#232;tre tr&#232;s lumineuse qui
se propagera le long de la trajectoire de la particule. C'est ainsi que le
m&#233;t&#233;ore est visible : nous ne voyons pas le grain de sable mais
plut&#244;t le "halo" de lumi&#232;re qui l'entoure, &#224; l'instar de la
flamme autour d'une allumette que l'on peut observer de tr&#232;s loin sans
voir la t&#234;te de l'allumette. La tra&#238;n&#233;e dure jusqu'&#224; ce
que la particule se soit compl&#232;tement volatilis&#233;e. La
''d&#233;sexcitation'' de l'atmosph&#232;re le long de la tra&#238;n&#233;e
peut prendre quelques secondes. Ainsi, on peut observer parfois des
&#233;toiles filantes qui restent allum&#233;es des dizaines de secondes! De
quoi faire plusieurs voeux ...
<P> 
Les objets individuels produisent des m&#233;t&#233;ores sporadiques que
l'on aper&#231;oit r&#233;guli&#232;rement tout au long de l'ann&#233;e. Par
contre, si la Terre traverse un groupe de m&#233;t&#233;orites, il se
produit ce que l'on appelle une pluie de m&#233;t&#233;ores. Cette pluie se
reproduira chaque ann&#233;e lorsque l'orbite de la Terre croisera celle du
flot de m&#233;t&#233;ores, comme c'est le cas pour les L&#233;onides,
&#233;toiles filantes de Novembre.
<P> 
Vue de la surface de la Terre, une s&#233;rie de m&#233;t&#233;ores,
arrivant d'une m&#234;me direction, semble &#233;merger d'un point unique du
ciel, appel&#233; radian. En r&#233;alit&#233;, les m&#233;t&#233;orites
sont beaucoup plus pr&#232;s de la Terre lorsqu'ils s'enflamment. Dans le
cas de pluies de m&#233;t&#233;ores, nous pouvons apercevoir des
tra&#238;n&#233;es lumineuses de longueurs diverses n'importe o&#249; dans
le ciel mais, si nous prolongeons ces tra&#238;n&#233;es vers
l'arri&#232;re, elles convergent toutes au radian.
<p> 
Les pluies de m&#233;t&#233;ores sont nomm&#233;es relativement &#224; la
constellation o&#249; se situe le radian. Ainsi nous avons les
Pers&#233;ides relatives &#224; Pers&#233;e, les Lyrides relatives &#224; la
Lyre, les Draconides relatives au Dragon, les L&#233;onides relatives au
Lion ... De plus, chaque pluie est observ&#233;e &#224; une date de
l'ann&#233;e qui peut varier quelque peu d'une ann&#233;e &#224; l'autre: la
date associ&#233;e &#224; une pluie de m&#233;t&#233;ores correspond au
moment o&#249; le nombre de m&#233;t&#233;ores aper&#231;us est maximum
(c'est-&#224;-dire au moment o&#249; la Terre traverse la partie centrale du
sillage de la com&#232;te). <BR>
<P> 
<B>Observation des m&#233;t&#233;ores</B>
<P> 
L'observation visuelle des m&#233;t&#233;ores est un travail passionnant
et constitue une excellente introduction &#224; l'astronomie
observationnelle. L'abondance des m&#233;t&#233;ores en fait une observation
relativement facile. La m&#233;thode la plus efficace, au point de vue
statistique, est l'observation &#224; l'oeil nu. L'oeil est plus efficace
qu'un instrument gr&#226;ce &#224; son grand champ et sa mobilit&#233; qui
permettront d'observer plus de m&#233;t&#233;ores qu'un instrument dot&#233;
d'un oculaire tr&#232;s faible &#224; grand champ.
<P> 
Dans des bonnes conditions, un oeil exerc&#233; peut voir environ huit
m&#233;t&#233;ores sporadiques par heure, en moyenne. Cette fr&#233;quence
est beaucoup plus grande les nuits o&#249; l'on peut voir des essaims, mais
aucun de ceux-ci n&#233;anmoins ne d&#233;passe de beaucoup le rythme de 100
&#224; l'heure, en temps normal. Les d&#233;ploiements spectaculaires tels
que ceux des L&#233;onides en 1799, 1833, 1866, et 1966, o&#249; l'on en vit
des milliers par heure, sont assur&#233;ment l'exception. Le rythme normal
des L&#233;onides ne d&#233;passe gu&#232;re, en temps normal, celui des
sporadiques. Les gerbes de m&#233;t&#233;orites qui donnent lieu &#224; des
rythmes &#233;lev&#233;s sont souvent tr&#232;s compactes, si bien que
m&#234;me pour les essaims r&#233;guliers la fr&#233;quence maximum ne peut
&#234;tre observ&#233;e qu'au-dessus d'une petite r&#233;gion de la Terre.
Divers autres facteurs affectent le nombre de m&#233;t&#233;ores que l'on
peut voir, dont les plus importants sont l'interf&#233;rence de la Lune,
l'altitude du radian, la clart&#233; de l'atmosph&#232;re et l'heure.
<P> 
L'&#233;clat de la Lune peut parfois supplanter celui des
m&#233;t&#233;ores les plus faibles dont l'observation est donc
subordonn&#233;e aux phases de la Lune. Les m&#233;t&#233;ores types que
nous voyons &#224; l'oeil nu vont de la taille d'un grain de sable &#224;
celle d'un petit pois. Ils se consument &#224; une altitude d'environ 100
km, de sorte qu'il n'y a aucun danger qu'ils atteignent le sol terrestre.
<p> 
Les apparitions sont plus nombreuses entre minuit et l'aube qu'au d&#233;but
de la nuit. Cela vient du simple fait que la Terre, sur son orbite autour du
Soleil, &#224; la fin de la nuit, se trouve orient&#233;e en face des
&#233;toiles filantes, et l'observateur port&#233; par la rotation de la
Terre se trouve donc "dans" le flot, alors que la Terre n'est que
rattrap&#233;e par les m&#233;t&#233;ores les plus rapides au d&#233;but du
soir, &#224; l'instar du pare-brise d'une voiture en mouvement vers l'avant
qui re&#231;oit plus de pluie que la vitre arri&#232;re.
<P> 
En 1998, plus exactement le 17 Novembre &#224; 5 heures du matin,
l'essaim des L&#233;onides s'est produit moins de 260 jours apr&#232;s le
passage de la com&#232;te; il &#233;tait tr&#232;s attendu par la
communaut&#233; astronomique internationale. Tout le monde esp&#233;rait une
temp&#234;te grandiose pour la nuit du 17 au 18 Novembre 1998 ... et tout le
monde fut d&#233;&#231;u, car dans les meilleurs sites astronomiques, les
observateurs ont comptabilis&#233; p&#233;niblement 500 m&#233;t&#233;ores,
alors que la moyenne calcul&#233;e &#233;tait de l'ordre de 10000
&#233;toiles filantes par heure observables pour cette fameuse soir&#233;e
de Novembre, o&#249; tous les astronomes amateurs et professionnels
guettaient le ciel dans un "froid de canard". Certains passionn&#233;s
s'&#233;taient offerts le voyage en Chine, r&#233;gion o&#249; le maximum
&#233;tait pr&#233;vu, dans l'espoir d'assister &#224; un v&#233;ritable feu
d'artifice c&#233;leste.
<P> 
Il s'est n&#233;anmoins produit une chose extraordinaire et totalement
inattendue quelques heures auparavant: la Terre a travers&#233; une zone
tr&#232;s riche en poussi&#232;res, dont les particules avaient des
dimensions vari&#233;es. Ainsi pendant &#224; peu pr&#232;s 16 heures &#224;
partir de 22 heures du 16 Novembre 1998, des centaines d'&#233;toiles
filantes d'un &#233;clat &#233;blouissant ont &#233;t&#233; observ&#233;es
dans tous les pays du globe o&#249; il faisait nuit. Au Maroc, la
Soci&#233;t&#233; Marocaine des Sp&#233;cialistes d'Astronomie (SMSA) a
organis&#233; &#224; Rabat deux camps d'observations des L&#233;onides 98,
le premier dans le Parc de Hay El Fath, et le second &#224; la plage de Oued
Yekem. Les participants &#224; ces&nbsp;deux camps ont eu la chance de
voir des m&#233;t&#233;ores tr&#232;s brillants traversant l'ensemble de la
vo&#251;te c&#233;leste comme autant de fus&#233;es d'un feu d'artifice
cosmique. Certaines de ces &#233;toiles filantes ont inond&#233; le ciel de
leur &#233;clat pendant les premi&#232;res heures du 17 Novembre. 
<P>
<center><img src="leonids.jpg" width=400 height=300> 
<p>
<small><b>Figure 1:</b> Leonides 1998 vues des
environs de Rabat</small></center> 
<P> En 1999, les astronomes du monde
entier ont donn&#233; un nouveau rendez-vous avec les L&#233;onides le 17
Novembre 1999 &#224; 2 heures du matin (temps universel), temps o&#249; le
maximum d'&#233;toiles filantes &#233;tait pr&#233;vu.
<P>
Dans ce cadre, l'Observatoire de Rabat (r&#233;alisation de l'Association
Ribath Al Fath), a organis&#233; une journ&#233;e "portes ouvertes" pour 
couvrir ce ph&#233;nom&#232;ne des L&#233;onides. Des sp&#233;cialistes 
&#233;taient au rendez-vous pour apporter les explications n&#233;cessaires 
&#224; ce ph&#233;nom&#232;ne. Il est &#224; noter que l'Observatoire de 
Rabat est situ&#233; &#224; 20 km du centre de Rabat, pr&#232;s du Barrage 
Sidi Mohammed Ben Abdellah, route de Ain Aouda. Une animation autour du ciel 
a donc &#233;t&#233; assur&#233;e sur le site de l'Observatoire, &#224; 
partir de 21&nbsp;h, devant la coupole du grand t&#233;lescope, faisant de 
sa demeure un lieu d&#233;di&#233;. Un gros Premier Quartier de Lune 
&#233;tant pr&#233;sent dans le ciel jusqu'&#224; une heure avanc&#233;e 
de la nuit, les conditions d'observation n'ont pas &#233;t&#233; optimales 
pour discerner les &#233;toiles filantes les plus faibles, mais des bolides 
ont &#233;t&#233; visibles sans aucun probl&#232;me<SUP>*</SUP>.
<P>
<SUP>*</SUP><B>Note de l'&#233;diteur</B> - Les observations et les 
commentaires relatifs aux L&#233;onides 1999 se trouvent par exemple sur 
le site Web de la <I>Jordanian Astronomical Society</I> (JAS) &#224; 
l'adresse:
<P>
<a href="http://www.jas.org.jo">http://www.jas.org.jo</a> .
<P>
<a href="as4.html"><img src="../backarr.gif" border=0></a>
<p>
<ADDRESS>
<I>WGSSA</I>
<BR><I>2000-02-29</I>
</ADDRESS>
</BODY>
</HTML>

