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<TITLE>Pour une Stratégie Nord-Sud Méditerranée ...</TITLE> 
<BODY BGCOLOR="WHITE"> 
<CENTER><H2>Pour une Stratégie Nord-Sud Méditerranée en Astrophysique<br>des 
Particules et F. Dyson Comme Rôle Modèle<br>pour Nous Scientifiques</H2></center> 
<P>
<center><b>J. Mimouni<sup><font size=1>1</sup></font> et 
N. Guessoum<sup><font size=1>2</font></sup></b> 
<p> 
<sup><font size=1>1</font></sup><i>University of Constantine, Physics Department,
Algeria<br> 
<font size=1><sup>2</sup></font>American University of Sharjah, Physics Unit, 
United Arab Emirates</i></center>
<p> 
<b>Sommaire.</b> Présenté comme une contribution à la Table-ronde Finale du
Colloque de Oujda en Astrophysique des Particules, cet article discute,
d'un coté, des conséquences de la fusion de l'Astrophysique avec la
Physique des Particules sur les scientifiques du Sud, et d'un autre coté
du rôle que ces scientifiques doivent jouer dans l'éducation
de leurs sociétés quant à leurs recherches (avancées et souvent purement
théoriques) et de l'importance de tels travaux et domaines dans le
schéma global de développement humain. Selon la vision des
auteurs, les astrophysiciens et physiciens des particules du Sud doivent
d'abord élargir leurs intérêts scientifiques pour prendre compte
de cette nouvelle fusion et collaboration entre ces deux
domaines précédemment distincts; il faut donc surtout éviter de se
confiner dans des sujets obscures. Dans cette optique, l'article appèle la
communauté d'astrophysique des particules du Nord à l'aide
en organisant, par exemple, d'autres colloques similaires à celui-ci
dans les pays du Sud, ou bien encore superviser un certain nombre de nos
étudiants en thèses (qui se feraient dans les universités et les centres
de recherche du Nord). La seconde partie de l'article est consacrée au
rôle que doivent jouer les scientifiques (du Nord aussi bien que ceux du
Sud) dans leurs sociétés. Les auteurs insistent sur une plus
grande participation de leurs collègues dans les affaires qui touchent
la science dans leurs pays, et cela dans l'intérêt
du grand public, des responsables et des scientifiques eux-mêmes - et donc
pour tout le pays de manière globale. Les auteurs rejettent comme un mythe
l'argument selon lequel les scientifiques sont trop occupés à faire de
la recherche; ils présentent tout simplement certains exemples frappants
de grands scientifiques du vingtième siècle, Freeman Dyson étant
un exemple édifiant de notre propre domaine (Astrophysique et Physique des
Particules), des scientifiques qui furent en même temps des chercheurs
de premier ordre et de grands éducateurs, communicateurs
et popularisateurs de la science.
<p> 
<b>Abstract.</b> As a contribution to the final round-table of the Oujda 
Workshop on Astro-particle physics, this article discusses the consequences
of the fusion of astrophysics with particle physics on the scientists
of the "South", and the role these scientists should be playing in educating 
their societies with regard to their own (advanced and often purely theoretical)
research and its importance in the long-term scheme of human development The 
article argues that we, astrophysicists and particle physicists of the South, 
must first learn to widen our interests and horizons, and not confine them to 
dangerously obscure areas. In this line of thought, the "Northern"
astro-particle community is called to help in achieving such a
goal by, for instance, agreeing to organize more such workshops
in the South and accepting to supervise some of our students on theses to
be carried out in the universities and research centres of the
North. The second part of the article argues for a greater involvement
of scientists, both in the North and South, in their societies for the
benefit of both the general public and the scientists themselves - and
thus the country as a whole. The authors reject as a fallacy the
argument that scientists are "too busy" doing research, by simply pointing
to some of the striking examples of great scientists of the 20th
century, Freeman Dyson being one such prime model (from our own astro-particle
field), who were simultaneously first-rate scientists and great educators,
communicators, and popularizers of science.
<p>
<b><center>Une Ere Nouvelle en Sciences Physiques </b></center>
<p>
N ous vivons sans nul doute une période charnière du
développement des sciences physiques, où des branches comme
l'astrophysique, la cosmologie et la physique des particules opèrent une
convergence remarquable, tant et si bien qu'un nouveau terme est apparu
pour désigner cette discipline hybride: <i>l'astrophysique des
particules</i>.
<p> 
Certes les physiciens ont réalisé depuis longtemps déjà que l'Univers est
le laboratoire le plus grandiose et fertile que l'on pourrait jamais
imaginer, l'ultime laboratoire en fait, mais c'est seulement durant la
dernière décennie ou presque que l'on a commencé à l'utiliser comme tel.
Ainsi des expériences sur Terre et dans l'espace touchant à la nature
la plus intime de l'Univers (e.g. ces bolomètres pour la recherche de la
"matière sombre") et de son histoire (mesures du spectre
du rayonnement primordial, de la texture primitive du Cosmos ...) se font,
et des données s'accumulent à un rythme prodigieux.
<p> 
En tant que physiciens de la Méditerranée du Sud, nous auteurs
de cette modeste contribution au débat du Colloque de Oujda, voudrions
commencer par soulever la question suivante: Quelles sont, quelles doivent
être les conséquences que nous devons tirer de cette convergence
de ces spécialités, de quelle nouvelle manière les physiciens des
particules du Maghreb et d'Afrique en général doivent-ils pratiquer leur
recherche?
<p> 
<b><center>Jauger là où le vent souffle</b></center>
<p> 
Notre premier point sera que nos collègues et nous-mêmes avons
certainement un sérieux travail de redéploiement et de réorganisation
de nos efforts à opérer. Il y a lieu d'entreprendre d'urgence tout
un travail pédagogique et didactique envers la communauté de
physiciens des hautes énergies, théoriciens, et même
physiciens nucléaires, la tache est de les
informer qu'un nouveau champ d'investigation, vaste comme l'Univers, vient
de s'ouvrir à eux et qu'il est impératif pour eux de l'arpenter et
de s'y installer.  Il y a un trait distinctif notoire de la physique des
hautes énergies dans nos pays du Sud, et ceci est particulièrement vrai
pour Algérie: l'isolement scientifique relatif dans lequel nous nous
trouvons confronté fait que nos recherches tendent à s'ancrer dans
ce qu'il y a de plus théorique. Nous pourrions citer comme exemple
dans cette "escalade dans l'abstrus" le cas du département de physique
théorique de l'Université de Constantine où un certain nombre
de physiciens, pour la plupart phénoménologistes, se sont
laissé appâter par les sirènes du type "SUSY-Superstrings", puis de là ont
viré vers les algèbres quantiques, chemin faisant ils s'impliquèrent avec
la géométrie non commutative, pour s'occuper actuellement de
la géométrie non-associative. Pour d'autres, leurs recherches en
Relativité Générale ont bifurqué vers la gravitation non-symétrique à la
Moffat et al. qu'ils ont accommodé à la sauce non-commutative, et
cela alors que Moffat lui-même a délaissé le sujet. D'autres épopées
similaires pourraient être relatées à loisir. Ajoutons qu'aucun physicien 
des particules expérimen-taliste n'est à signaler à la ronde.
<p> 
Certes il n'y a rien de mal en soi à faire de la recherche en physique des
particules théorique, seulement le nombre de chercheurs engagés dans
ce domaine comparé à ceux en astro-physique des particules s'apparente à
la proportion de matière noire à celle baryonique, ce qui n'est pas une 
situa-tion que l'on pourrait qualifier de naturelle!
<p> 
Il est donc crucial que nos chercheurs en physique des particules (et domaines
apparentés) prennent con-science du fait que l'astrophysique des particules a 
le vent en poupe, qu'elle a ouvert de nouveaux horizons aux applications 
capables de fertiliser - voire de révolutionner - la physique des particules. 
Et si cet argument scientifique s'avère insuffisamment éloquent, il devrait 
suffire de mentionner que ce nouveau domaine est aussi celui où se déversent 
les subventions (du moins en Europe), où se trouvent des postes de travail, et
où se mettent en place des collaborations internationales. En un mot, c'est là
ou les choses bougent, là où l'action se produit! 
<p>
<b><center>Un appel pour plus de support et pour tisser de
nouveaux liens</b></center>
<p>
Si nous voulons aider ce redéploiement de la physique des hautes
énergies vers l'astrophysique au Maghreb, redéploiement qui a déjà
pris place en Europe depuis un certain nombre d'années,
il est important que plus de physiciens de nos pays participent aux 
conférences et écoles traitant de ce sujet. Spécifiquement parlant, 
il est désirable de voir plus de rencontres similaires au Colloque 
de Oujda, dans d'autres pays du Maghreb de manière régulière.
<p> 
Accessoirement, si un groupe de physiciens en Astrophysique des particules
est à se constituer jusqu'à former un nombre critique,
il est crucial qu'il soit donné la possibilité à certains de nos étudiants
dans une phase avancée de leurs études de faire leurs thèses
dans des centres en Europe. Il est en effet difficile à de jeunes
chercheurs engagés dans un domaine nouveau de trouver un
parrainage scientifique adéquat dans leurs institutions d'origine.
Le temps qu'ils passeront dans un laboratoire étranger, engagés dans une
recherche de haut niveau et interagissant avec des scientifiques
émérites dans leur domaine, sera capital pour leur permettre de démarrer
leurs carrières d'un bon pied. Mentionnons aussi que les étudiants
en physique théorique de nos pays sont traditionnellement les meilleurs et
les mieux motivés, et ils peuvent arriver à des niveaux d'accomplissement remarquable.
<p> 
Trouver des sources de financement pour de tels séjours de courte
et moyenne durée est une affaire quelque peu ardue (de telles bourses ne
sont en général disponibles que pour des étudiants de l'union européenne).
Or si nous voulons traduire ces bonnes intentions concernant
le dévelop-pement de l'astrophysique des particules au Maghreb et
en Afrique en actes, nous nous devons d'être plus entreprenants et
plus imaginatifs pour trouver de telles sources de support. Et de même
qu'une logique géostratégique Est-Ouest fut trouvée pour supporter les
sciences (et l'économie de manière plus générale) à la suite de la chute
du mur de Berlin, une logique Nord-Sud similaire devrait prévaloir pour une 
intégration des deux rives de la Méditerranée, promue lac de paix dans les 
média, et qui devrait déboucher sur une fructueuse coopération scientifique. 
<p> 
<b><center>Science et Société: F. Dyson Comme Rôle Modèle<br>pour les 
Scientifiques du Sud et du Nord</center></b>
<p>
Un autre sujet important de ce débat que nous voudrions aborder
brièvement est le rôle des scientifiques dans nos sociétés. Ce rôle, comme
nous élaborerons dans ce qui suit, ne peut-être que multi-dimensionnel
et pas seulement confiné à produire des articles scientifiques.
<p> 
Tous les scientifiques, et en particulier ceux des pays en développement,
se doivent d'être à l'écoute de leur société, ses besoins
et ses espérances, pour ensuite répondre de la manière la plus
appropriée avec des projets informés et adéquats, des idées visionnaires
et des propositions qui devraient non seulement permettre d'"éclairer"
la société, mais aussi de la mener à un plus haut niveau d'accomplissement
dans tous les domaines et pas seulement ceux techniques. Le scientifique
se doit de mériter son label d'intellectuel, s'il ne veut pas être taxé de
technocrate!
<p> 
Il est clair cependant que nous ne pouvons traiter de manière appropriée
le sujet de "science et société dans les pays en développement" en
quelques paragraphes. Nous voudrions cepen-dant insister sur un fait qui
pourrait paraître comme une évidence: nous scientifiques
ne pouvons logiquement nous plaindre de l'insistance continue de nos
sociétés à subordonner la recherche scientifique au développement
économique et social (c-à-d la valorisation de la recherche appliquée et
le dédain de la recherche fondamentale), et de là le manque
d'enthousiasme à subventionner nos disciplines, alors que nous consacrons
si peu d'efforts à expliquer ce que représente notre science et
quel est son rôle dans le développement de l'homme.
<p> 
Nous avons aussi souvent entendu l'argument mis en avant par certains
de nos collègues, que nous scien-tifiques avons autre chose à faire que 
d'expliquer au public comment se fait la science, trop occupés que nous sommes
à "produire" cette science. Selon eux, nous devrions choisir entre
se maintenir à l'avant-garde de la recherche et se consacrer à vulgariser
la science, les deux activités étant mutuellement exclusives.
<p> 
Heureusement que nous avons nombre d'exemples contemporains montrant
le caractère fallacieux d'une telle croyance. Nous voudrions présenter juste 
un cas, il s'agit de Freeman Dyson, grand homme de science, communicateur hors
pair, humaniste, et penseur de haut calibre. Qui plus est, il a
même contribué à l'astrophysique des particules, le sujet de ce colloque.
<p> 
Quoique Dyson n'ait jamais obtenu de diplôme plus élevé que la licence, il
est devenu une figure de proue de la physique théorique de la deuxième
moitié du XXème siècle. Il a reçu pas moins que 17 diplômes honorifiques
d'Universités du rang d'Oxford et de Princeton, ainsi que de
nombreuses distinctions prestigieuses telle la médaille Hughes, la
médaille Max Planck, le prix Wolf, et le prix Enrico Fermi.
<p> 
Le fait remarquable et qui illustre à souhait notre argument est que
Dyson, en parallèle à cette carrière scientifique fructueuse, a
consacré une bonne partie de son temps à communiquer avec le public et
l'informer sur tout ce qui touche à la science. Ses livres, comme "Disturbing 
the Universe," "Weapons of Hope", et le tout récent "The Sun, the Genome, and 
the Internet," ont été très influents et populaires en même temps. De plus, 
il ne cessa de tenir des conférences d'un bout à l'autre de la planète, et nombre
de ses essais les plus remarquables furent d'abord donnés comme conférences 
avant d'apparaître sous forme écrite; citons notamment "Infinite in All 
Directions" et "Imagined Worlds". Inutile d'ajouter que Dyson mérite pleinement 
le Prix Britannica pour la dissémination du savoir scientifique (1990), ainsi 
que le prix Templeton pour le Progrès en Religion (2000).
<p> 
Dyson est sans nul doute un exemple poignant de la manière dont un
scientifique de valeur peut-être aussi au diapason de sa société, voire de
l'humanité tout entière.
<p>
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<p>
<ADDRESS>
<I>WGSSA<BR>
December 2001</I>
</ADDRESS>
</BODY>
</HTML>

